crédit : Institut du ressenti
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Au loin, des silhouettes trottent dans le paysage hivernal. Faisant virevolter leurs crinières au gré d’un trot. Depuis peu, les Jardins Zone Orange, à Sainte-Anne-de-la-Rochelle, en Estrie, accueillent de nouveaux locataires : des chevaux de l’Institut du ressenti. Une entreprise qui offre des services thérapeutiques avec ces animaux, dans un cadre naturel.

L’Institut, installé depuis quelques années à Compton, cherchait un nouvel endroit pour y exercer ses activités. Lorsque Martine Boucher, présidente et cofondatrice, est entrée en contact avec les propriétaires de Zone Orange, Nathalie Plouffe et Dominic Blouin, la chimie a été instantanée.

«Ç’a été un coup de foudre et un coup de cœur entre nous et l’équipe de Zone Orange. Tout s’est fait rapidement et nous nous sommes ensuite installés.»

Au cours de l’automne, l’entreprise a réalisé d’importants investissements pour construire une écurie ainsi que diverses installations pour y accueillir sa clientèle.

Ateliers d’une demi-journée et programme de 18 jours

Désormais, de petits groupes participent régulièrement à l’un ou l’autre des ateliers offerts. Certains d’une demi-journée alors que d’autres durent 16 voire même 18 jours. Des gens qui souhaitent surmonter leurs difficultés psychologiques, émotionnelles ou physiques. Par exemple des individus qui veulent sortir d’un épisode de dépression, des personnes atteintes du spectre de l’autisme, souffrant de phobies ou de dépendances, etc.

«Les personnes arrivent ici avec leur bagage de vie et leur sac à dos d’émotions. La première chose que nous faisons, c’est de les aider à dégager leur fardeau émotif. Ensuite, on les outille pour qu’elles animent leur vie à partir de qui elles sont», expose Martine Boucher.

Martine Boucher, cofondatrice de l’Institut du ressenti, voue une véritable passion à ce travail thérapeutique avec les chevaux.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Sortir de son mental et connecter au moment présent

Bien que les participantes et participants soient appelés à interagir avec des chevaux, il ne s’agit pas, tient à souligner la cofondatrice, d’équithérapie ou de zoothérapie.

L’approche, fondée sur le «langage du ressenti et de l’intuition», vise à sortir de son mental et à se «désintellectualiser». Pour mieux se connecter au moment présent.

«Il y a d’innombrables livres, conférences et formations qui traitent du moment présent. Pourtant, bien peu de gens réussissent à le vivre. Les chevaux amènent à le ressentir. Une fois qu’on y goûte, on est davantage en mesure, après, de le vivre à nouveau dans notre quotidien», soutient Martine Boucher.

En plus des accompagnements avec les intervenantes, les participants ou participantes vont passer du temps dans le champ, avec les chevaux. Le reste se fait naturellement.

«C’est une approche où le cheval est le facilitateur dans le dégagement d’un fardeau émotif. Ici, personne ne va monter un cheval. De même, les gens ne vont pas nécessairement brosser l’animal. C’est le cheval qui décide qui il va voir. Ce n’est pas un participant qui va choisir un cheval parce qu’il est beau ou grand.»

Les chevaux en liberté choisissent quelle personne ils vont approcher et de quelle façon ils souhaitent interagir avec elle.  (crédit : Institut du ressenti)

Des chevaux «aspirateurs à émotions»

Martine Boucher compare le travail de l’animal à celui d’un aspirateur.

«Le cheval agit comme un aspirateur à émotions. Comment ça se fait concrètement? Avec le mouvement de la respiration. La personne, en respirant avec le cheval, est amenée à respirer lentement et profondément. Il n’y a pas de technique, parce qu’on serait alors dans la tête. En respirant de cette façon, on lâche prise et on se dépose. Après, la personne devient calme.»

Cette approche a été cocréée par Roger Dupuy et Martine Boucher, tous deux cofondateurs de l’Institut du ressenti. Pour différentes raisons, Martine Boucher s’est finalement retrouvée, depuis 2021, unique propriétaire de l’entreprise. Appuyée aujourd’hui par une équipe composée de sept personnes.

Il y a quelques années, le département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) s’est d’ailleurs intéressé à cette approche. Mais faute de fonds, le projet de recherche n’a pas pu démarrer.

En ajustant naturellement leur respiration avec celle du cheval, les participants deviennent plus calmes et présents.  (crédit : Institut du ressenti)

Programme pour les victimes d’actes criminels

Actuellement, la majorité de la clientèle de l’Institut sont des victimes d’actes criminels. Un programme de 18 jours, créé sur mesure, leur est spécialement offert.

Martine Boucher rapporte que son équipe et elle sont régulièrement témoins des effets positifs.

«Je ne m’habitue pas aux changements et transformations que je constate de la part des personnes qui participent aux ateliers. Je suis émerveillée à chaque fois.»

L’Institut est d’ailleurs reconnu comme fournisseur autorisé de l’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC).

Des chevaux constamment en liberté

Au cœur de la philosophie de l’entreprise : laisser leurs 12 chevaux en liberté constante.

«Il n’y a pas de box et les chevaux font leurs allées et venues au gré de ce qu’ils ressentent. De même, aucun cheval, ici, n’est monté. Ils sont laissés libres.»

Martine Boucher croit que cette façon de faire influence la façon dont le cheval interagit ensuite avec les êtres humains.

«Des chevaux en liberté sont davantage disposés au ressenti. Parce qu’ils ont retrouvé leur état naturel, leur état de liberté.»

Pour approfondir cette relation avec les animaux, on a installé de petites salles de groupes dans le champ. Ce qui fait en sorte que pendant les rencontres, les chevaux viennent parfois à proximité.

Les chevaux de l’Institut du ressenti vivent désormais en liberté dans les champs des Jardins Zone Orange, producteur d’argousier à Sainte-Anne-de-la-Rochelle, en Estrie.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

«Au début, j’avais un peu peur des chevaux»

Bien qu’elle accompagne des personnes depuis 20 ans, Martine Boucher raconte qu’elle a dû apprivoiser ce travail avec les animaux. Originaire de Montréal, elle n’y connaissait rien aux chevaux. «Au début, j’avais un peu peur des chevaux. Puis, petit à petit, j’ai intégré le cheval dans ma pratique. Je me suis mise à les côtoyer, à être à l’aise avec eux et à les aimer», partage-t-elle.

Les chevaux ont d’ailleurs eu, après ces premiers contacts, un impact important dans sa vie personnelle.

«Les chevaux m’ont beaucoup aidé à dégager mon propre bagage, à l’intérieur de moi. Même si j’accompagnais les gens, j’en avais un aussi. Ça m’a permis de les apprivoiser et d’apprendre à les connaître.»

En toute transparence, elle confie que sa vie passée ne fut pas toujours de tout repos. «Aujourd’hui, ma vie va super bien. Mais ça n’a pas toujours été le cas. J’ai vécu pendant plusieurs années avec un conjoint violent. J’ai eu des troubles alimentaires sévères, fait de multiples dépressions ainsi que des tentatives de suicide. On m’avait diagnostiqué des cellules cancéreuses au foie. À un moment, je me suis aussi retrouvée à la rue parce que j’avais tout perdu. Mais c’est désormais réglé à l’intérieur de moi. Je souhaite à tout le monde de se rétablir et de se sentir bien, comme j’ai réussi à le faire.»

«C’est une réelle passion»

Que souhaite-t-elle pour l’avenir de son entreprise? Avoir éventuellement la possibilité d’accueillir davantage de groupes et de pouvoir un jour travailler avec des jeunes issus de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

À 61 ans, Martine Boucher se dit loin d’envisager sa retraite.

«C’est une réelle passion. Je n’entrevois pas le jour où je vais arrêter de faire ça.»

 

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